Texte à méditer :  

Rien ne sert de combattre l'abstention, il faut faire renaître la participation.   

  
Membres du collectif
Analyses
 ↑  
Visites

 197494 visiteurs

 1 visiteur en ligne

Vous êtes sur le site ...

...du collectif ‘Citoyens européens pour le vote blanc’

CEVB Avenue Joseph Baeck 46 Brussels 1080


 

UNE DESCENTE AUX ENFERS

DE LA DEMOCRATIE OCCIDENTALE

 

Deux romans de José Saramago, Prix Nobel, L’aveuglement (traduit du portugais), Paris , Seuil, 1997, 303p. ; La lucidité, (traduit du portugais), Paris, Seuil, 2006, 384p.

 

                               ‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑

 

La lucidité peut être considéré comme un prolongement de L’aveuglement. Dans ce roman, tous les habitants de la capitale sans nom d’un pays qui n’est pas nommé non plus sont, les uns après les autres, atteints par une épidémie de cécité blanche : ces aveugles, au lieu de ne « voir » que du noir, comme tous les autres aveugles, « voient » du blanc. Sauf une personne, la femme d’un médecin ophtalmologue, Alice des temps d’aujourd’hui, qui continue de voir et peut, ainsi, décrire la descente infernale de la ville vers le chaos intégral. Quand, à la fin du roman, les survivants retrouvent progressivement la vue, son mari commente : « Pourquoi sommes‑nous devenus aveugles, Je ne sais pas, on découvrira peut‑être un jour la raison (…) Je pense que nous ne sommes pas devenus aveugles, je pense que nous étions aveugles, Des aveugles qui voient, Des aveugles qui, voyant, ne voient pas.» (p. 303).

 

                 L'étrange épidémie de 'vote blanc'

 

Quatre ans plus tard, dans La lucidité, une autre épidémie s’abat sur cette cité, qui n’est toujours pas nommée, le déferlement des votes blancs lors des élections. De la même façon que, dans L’aveuglement, le gouvernement avait décidé de faire enfermer les premiers aveugles, considérés comme des pestiférés, pour les « punir » et tenter d’empêcher la propagation de l’épidémie de cécité, il décide, dans La lucidité, de punir les habitants. Il abandonne la capitale, laissée à elle‑même, et met la ville en quarantaine. Puis il organise la « riposte » à ce qu’il appelle un « complot » contre la démocratie ourdi par les habitants. Des personnes, arrêteés/interrogées sur leur vote, disparaissent ; un attentat à la bombe a lieu dans le métro, faisant de nombreuses victimes. Le ministre de l’Intérieur attribue cet attentat au complot du vote blanc mais le maire, qui appartient pourtant au même parti que lui, n’accepte pas cette version et démissionne

 

 

Les deux partis « de droite » et du « milieu », associés au gouvernement –un troisième parti, « de gauche », très minoritaire et sans influence, est seulement mentionné au début du roman‑ établissent bientôt un lien entre les deux épidémies et font l’hypothèse que, dans l’épidémie de cécité blanche survenue quatre ans plus tôt, il y avait aussi eu complot contre la démocratie. La question est donc de savoir qui est à la tête de ces deux complots. Une lettre « solennelle » du gouvernement est larguée par hélicoptère sur la cité et des policiers d’élite y sont envoyés clandestinement pour mener l’enquête. Suite à cette campagne, un habitant de la capitale écrit au gouvernement pour lui faire part d’un crime commis par la femme du médecin quatre ans plus tôt, lors de l’épidémie de cécité blanche. Profitant de ce qu’elle y voyait, elle avait tué le chef aveugle d’une bande d’aveugles qui imposait sa loi dans leur lieu d’enfermement, sur les femmes notamment que, tous, ils violaient et violentaient journellement.

Les policiers d’élite enquêtent et retrouvent les protagonistes survivants, dont la femme du médecin. Le gouvernement exulte. Il fait proclamer dans la presse que la femme du médecin qui, il y a quatre ans, avait été la seule dans la ville à ne pas devenir aveugle, est aussi à la tête de ce nouveau complot : « l’énigme de la conspiration du vote blanc est résolue ». Pour le chef des policiers, qui s’est convaincu du contraire, tout cela n’est qu’affabulation et il va s’employer à dénoncer le « complot » du gouvernement contre les citoyens. Il est vite liquidé par un tueur anonyme « à la cravate bleue ». Deux heures plus tard, le gouvernement, par la bouche du ministre de l’Intérieur, lui rend un hommage solennel, célèbre son sacrifice pour la patrie et attribue son assassinat aux « éléments subversifs » qui complotent contre la démocratie.

 

                               Un roman lucide

 

Dans les heures qui suivent, des policiers viennent arrêter le médecin chez lui. Puis sa femme, l’héroïne de L’aveuglement, est liquidée à son tour par le tueur anonyme « à la cravate bleue ».

La parabole de ces deux romans noirs  (pessimistes ou, seulement, lucides ?) pourrait se résumer ainsi : devenir aveugle pour ne voir que du blanc c’est, en fait, avoir enfin la possibilité de voir réellement ce qu’est la démocratie à l’occidentale et sur quels mensonges, sur quelles manipulations elle repose. Le vote blanc, qui refuse tout cela en bloc, en est donc bien, par conséquent, le prolongement électoral naturel.

La lucidité, et on peut le regretter, ne dit rien de ce qu’est le vote blanc pour celles et ceux qui expriment ainsi leur opinion politique, sinon qu’il exprime un refus massif des partis politiques existants, plus de 70% le premier dimanche des élections, plus de 80% le second dimanche. Il dit beaucoup, par contre, avec la verve, l’humour et l’imagination débridée que l’on aime chez Saramago, sur les mœurs des partis « démocratiques » qui nous gouvernent. Souhaitons sa traduction rapide en français car il est une invitation à réfléchir sur ce qu’est la politique aujourd’hui dans nos pays et que le vote blanc refuse, un moyen d’accéder au pouvoir fondé sur le non respect, autre que de façade, des citoyens. Ne sont‑ils pas tout juste bons à « bien voter » et, quand ils sortent de la norme, à « punir », voire, s’ils s’obstinent, à « liquider » comme le chef des policiers d’élite ou l’Alice/femme du médecin ?          

 

Michel Dion


Date de création : 03/12/2006 @ 19:45
Dernière modification : 26/01/2007 @ 00:39
Catégorie : Analyses - Réflexions sur le vote blanc
Page lue 4337 fois
Précédent  


Réactions à cet article

Personne n'a encore laissé de commentaire.
Soyez donc le premier !